Auto suffisance alimentaire / SODERIZ : La malheureuse expérience en matière de riz

Créée par le décret n°70-564 du 23 septembre 1970, la SODERIZ était une société d’Etat financièrement autonome ayant la qualité commerciale et industrielle. Elle était inscrite au registre du commerce et avait la latitude d’acheter et de commercialiser le riz produit en Côte d’Ivoire. Elle devait également usiner le paddy acheté.La création de la SODERIZ dénotait d’une volonté politique de contrôler totalement la filière riz ; avec en toile de fond une autosuffisance alimentaire qui a le riz comme fer de lance. La SODERIZ avait pour vocation de moderniser la riziculture et d’accroître substantiellement la production locale. Elle reprenait à son compte toutes les activités d’encadrement de la SATMACI.Aussi, la SODERIZ se devait d’aménager des bas-fonds dans lesquels devait se pratiquer une riziculture irriguée. Ces superficies irriguées étaient ensuite concédées à des producteurs volontaires, qui s’obligeaient à vendre l’entièreté de leur production à la SODERIZ. Qui avant d’écouler le paddy sur les marchés nationaux devait le transformer.Des superficies aménagées en nombre assez important ont été mises à la disposition des producteurs. Ils ont aussi reçu des semences améliorées, aux fins d’avoir des produits de qualité et en quantité industrielle. Un système permettant aux producteurs d’obtenir à crédit les différents intrants à payer après la récolte, avait également été mis au point.Par ailleurs, la SODERIZ avait la charge de collecter et acheminer la production vers les rizeries. Un prix d’achat du paddy était garanti aux producteurs. Après sa transformation, le riz était commercialisé par la SODERIZ et un prix d’achat était garanti aux consommateurs sur l’ensemble du territoire ivoirien. Au début, le prix d’achat très bas (environ 30 FCFA le kilogramme de paddy) n’avait suscité qu’une faible adhésion des agriculteurs. En 1973, le prix garanti aux producteurs passe  à 65 FCFA. Cela entraine une véritable ruée vers la riziculture. De 15.000 tonnes, la production livrée aux transformateurs passe à 115.000 tonnes. En 1976, la Côte d’Ivoire atteint l’autosuffisance en riz et exporte même 32.000 tonnes de sa production.Cependant, le monopole étatique de la SODERIZ n’avait pas que des avantages. L’État ivoirien devait subventionner cette société à hauteur de 52 FCFA par kilogramme de paddy produit. En 1977, cette structure est dans l’incapacité d’acheter tout le paddy produit et les producteurs locaux se voient contraints de vendre leur production à des prix dérisoires aux spéculateurs. La situation devient intenable pour l’État, qui doit injecter des sommes colossales pour maintenir cette société à flot.La SODERIZ est finalement dissoute par décret présidentiel le 7 octobre 1977. Cette dissolution brutale sans mesure d’accompagnement se traduit par une chute brutale de la production suite au désistement de nombreux producteurs. La SODERIZ dissoute, la question de l’autosuffisance en riz devient centrale. L’Etat de Côte d’Ivoire se devait de faire quelque chose. En 1995 la SOPRORIZ a vu le jour sur les cendres de la SODERIZ. Huit années plus tard, cette dernière deviendra le Programme national Riz (PNR). Mais les initiatives pour satisfaire les besoins croissants ne s’arrêtent pas là. Pour régler la question des importations massives de riz, la Côte d’Ivoire a créé l’Office national de développement de la riziculture (ONDR).C’est un établissement public à caractère administratif chargé de la conception d’une politique visant à couvrir les besoins en riz des populations ivoiriennes, à travers la stimulation de la production nationale. Il régule des importations et les exportations de riz, organise les acteurs de la filière et leur apporte un appui dans le but d’accroître la production et faciliter la commercialisation du riz. L’ONDR encadre la production et la distribution de semences améliorées et travaille sur la pérennisation de ce système. Il est également chargé de promouvoir la transformation et la consommation du riz produit localement. Cet office soutient la recherche et coopère avec des agences internationales en vue de faciliter les transferts de technologies en ce qui concerne le riz. L’ONDR est en charge de la gestion et de la réhabilitation des périmètres rizicoles aménagés dans le cadre de projets antérieurs. Il est également chargé de concevoir et d’aménager de nouveaux périmètres. Mais toujours, des défis restent à relever : l’abandon massif de la production de riz par les agriculteurs, les coûts de production très élevés, la qualité en raison d’une mauvaise maîtrise du processus d’usinage. L’atteinte de l’autosuffisance devra nécessairement passer par une gestion de tous ces paramètres.Félix N’Guessan

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