Nouakchott,

Histoire

L’endroit en lui-même est connu depuis longtemps par les nomades. Au xxe siècle, il ne consiste encore qu’en un poste militaire, érigé par l’armée française en 1903. Dans un récit de voyage intitulé Vent de sable, écrit en 1923, Joseph Kessel évoque « le pire endroit de la côte » tenu par « quinze tirailleurs sénégalais et un sergent corse ». Pour Antoine de Saint-Exupéry, qui y pose de temps en temps l’avion de l’aéropostale, c’est un « petit poste de Mauritanie, aussi isolé de toute vie qu’un îlot perdu en mer ». Il s’agit d’un ksar, c’est-à-dire un fortin, entouré de quelques campements, où un détachement de militaires français surveillent la route commerciale qui relie le Maroc au Sénégal

Le développement de Nouakchott commence véritablement avec le vote de la Loi-cadre des territoires d’outre-mer, dites Loi-cadre Defferre, de juin 1956, qui institue pour chaque territoire un conseil de gouvernement présidé par un gouverneur et composé de ministres élus par l’assemblée territoriales. Il fallait donc une capitale à la Mauritanie. On décide donc de créer à proprement parler une capitale en ce lieu. À cette époque, il y a 500 habitants sur place. L’endroit est choisi en raison de la proximité de la nappe phréatique d’Idini, qui peut permettre de desservir une ville importante, et pour sa situation centrale, qui permet de créer un lien entre les Maures blancs du Nord et les populations noires du Sud du pays. Le climat est également plus doux qu’à l’intérieur des terres. En 1959, l’architecte français André Leconte dresse le plan de la nouvelle capitale. Deux noyaux se dégagent : l’un autour du fort, qui deviendra le quartier européen de nos jours ; l’autre autour de la mosquée, donc un peu plus à l’écart à l’époque. Coupée en deux dans un premier temps, la ville se réunifie rapidement. En 1958, Amadou Diadié Bâ, ministre mauritanien des Ponts et Chaussées procède à la pose de la première pierre pour la création de la capitale de la Mauritanie en ce lieu. Il prononce à cette occasion un important discours en présence du général Charles de Gaulle et du président mauritanien Mokhtar Ould Daddah. Cette cérémonie officielle a été à l’origine de la transformation du fort, et du ksar en une véritable capitale d’un pays africain. La première pierre qu’Amadou Diadié Ba a posée en compagnie des chefs d’États français et mauritanien est toujours visible dans la cour de la Présidence de la république. Un hôpital, un aéroport et une avenue sont édifiées. Puis, l’année de l’indépendance, en 1960, d’autres bâtiments surgissent dans le quartier du Ksar : la première mosquée, les premiers ministères, le wharf ou zone portuaire et enfin des blocs cubiques destinés à loger des fonctionnaires.

Le développement est assez rapide. Les estimations donnent une population de 8 000 habitants en 1960 et de 800 000 habitants environ à la fin du xxe siècle. Les raisons de cette importante croissance démographique sont :

  • le regroupement vers le chef-lieu dans les lieux désertiques ;
  • l’emballement : plus un lieu concentre d’habitants, plus il en attire de nouveaux ;
  • dans les années 1980, à la suite d’une grande sécheresse qui ruine les éleveurs (première richesse du pays), ceux-ci viennent s’installer en ville pour trouver un nouvel emploi.

L’habitat et le logement informel sont des phénomènes courants dans les pays en voie de développement et les pays du monde arabo-musulman. Nouakchott en est un exemple, même si les particularités de l’habitat spontané ne peuvent être généralisées à l’ensemble des pays arabes. Le cas de Nouakchott est un cas extrême en ce qui concerne l’habitat informel parce que le phénomène y est massif.

C’est aussi un cas très particulier, car Nouakchott se trouve à la frontière de deux aires culturelles. La Mauritanie ne fait partie ni du monde arabe au sens strict – des populations dites négro-africaines SoninkésToucouleurs et Wolofs peuplent le sud du pays – ni de l’Afrique noire, car les Maures (se réclamant d’ascendance berbère ou arabe) qui parlent le dialecte hassanya sont la principale ethnie dans le pays et à Nouakchott. La ville se trouve donc aux marges du monde arabe.

Pour donner un autre ordre de grandeur, entre 1962 et 1990, la superficie de la ville est passée de 240 à 8 000 hectares, et la population a été multipliée par 81 entre 1959 et 1988.

Les causes de l’explosion urbaine sont d’ordre à la fois économiques, sociologiques et psychologique.

  • Un processus de sédentarisation couplé à une croissance démographique importante (démographie de transition) ont entraîné une émigration importante des villages aux villes. En effet, le milieu naturel mauritanien ne permet pas une forme d’agriculture capable de nourrir et de faire travailler l’ensemble de sa population. Le milieu est essentiellement saharien ou sahélien (hormis aux abords du fleuve Sénégal), et l’agriculture mauritanienne repose essentiellement sur un modèle agro-pastoral (avec un nomadisme développé). La fragilité du milieu naturel ne pouvait donc pas absorber la croissance démographique.
  • De plus, le colonialisme avait déjà en partie remis en cause les valeurs qui permettaient le nomadisme, fondé sur l’autorité des chefs. Les sécheresses des années 68 à 73 ont accéléré de manière spectaculaire la sédentarisation : les seules possibilités de se prémunir de la famine résidaient alors dans les villes (distribution de nourriture, soins…), et les nomades une fois sédentarisés étaient peu disposés à repartir vers les zones rurales. Cette sécheresse a ruiné les éleveurs et réduit fortement la production céréalière pour quelques années.
  • On peut aussi ajouter différentes motivations à l’émigration vers les villes, notamment l’attrait que la ville constitue pour l’ensemble de la population (emplois, accès à l’éducation et à la santé, meilleures conditions de vie…), cela est d’autant plus vrai pour Nouakchott qui est une capitale aux fonctions politiques, administratives et culturelles (administration, justice, armée, enseignement…).

La population urbaine représente 6,4 % de la population totale en 1962, et Nouakchott représente alors 0,6 % de la population. Quelques décennies plus tard, au début du xxie siècle, Nouakchott représente désorrmais à elle seule entre 25 et 30 % de la population mauritanienne. Pour donner une idée de ce changement en profondeur de cette société mauritanienne, le nomadisme, entre 1962 et 1985, est passé de 75 % à 15 % environ de la population (tendance encore accentuée aujourd’hui mais les données précises manquent).

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